La Lettre n°114 de Jean-Pierre
Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°15/2009 -
La France et l'OTAN : une question délicate et complexe
Le retour de la France dans le commandement
intégré de l’OTAN, voulu par le Président Sarkozy, constitue non
seulement une question délicate et complexe mais difficile, parce
qu’elle est liée à l’histoire politique et diplomatique récente de notre
pays.
Le Général de Gaulle a pris la décision de quitter le commandement
militaire de l’Alliance Atlantique au mois de février 1966. Cette
décision a entraîné deux autres conséquences : l’Etat Major de l’OTAN a
quitté Saint Germain en Laye pour s’installer à Mons en Belgique et la
totalité des bases militaires de certains pays membres de l’Organisation
qui étaient stationnées sur le territoire métropolitain ont été fermées.
La plupart d’entre elles ont été déplacées en Europe ou rapatriées dans
leurs pays respectifs.
Je pense que si le retour de la France dans le système
militaire intégré, voulu par le Président Sarkozy, n’a pas présenté
d’opposition majeure de la part de nos concitoyens, c’est parce qu’il ne
s’est pas accompagné d’un retour de forces militaires de certains pays
membres de l’Alliance Atlantique (aériennes, navales et terrestres). Il
convient de se souvenir que le total des effectifs militaires et civils
s’élevait en 1966, à près de 65 000 personnes. Ce départ ne fût pas sans
conséquences en terme d’emploi et d’activité économique. A titre
d’exemple, l’actuelle base aérienne 105 d’Evreux-Fauville, qui est
aujourd’hui une importante plate-forme utilisée par l’Armée de l’Air,
était une base de l’US Air Force qui comptait près de 9 000 personnes !
Le retour de la France dans le système
intégré de l’OTAN est une question délicate, car elle nous renvoie
nécessairement au fait que c’est aussi et surtout l’homme du 18 Juin
1940 qui a pris cette importante décision politique et, comme toujours
en pareilles circonstances, il est toujours délicat de revenir sur une
décision qui a été prise par une personne aussi charismatique que
l’était le Général de Gaulle. Si cette décision, qui comporte plusieurs
origines, a été prise, c’est aussi et surtout parce que
la France
avait décidé de s’affranchir de la tutelle américaine, afin de pouvoir
être réellement présente sur la scène internationale et affirmer ainsi
son concept d’indépendance nationale. C’est aussi l’époque où le Général
de Gaulle achevait la mise en place de la force de dissuasion française. La France a été la première
puissance occidentale à reconnaître la république de Chine en 1966 et a
plaidé son admission en qualité de cinquième membre permanent du
Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Le retour de la France dans le système
intégré de l’OTAN est aussi une question complexe, car elle intervient
dans un environnement international nouveau, qui n’a plus aucun rapport
avec celui qui pr��valait au milieu des années soixante : l’empire
soviétique s’est effondré, le Mur de Berlin a été démoli et le Pacte de
Varsovie a disparu. L’Union Européenne qui compte aujourd’hui vingt sept
membres a remplacé le Marché Commun qui en comptait six, les pays dits
en voie de développement voire sous développés sont devenus des pays
dits émergents ou en phase d’industrialisation, la peur d’un
affrontement majeur entre l’Est et l’Ouest a laissé la place au
terrorisme international, dont les foyers principaux se situent
aujourd’hui entre le Maghreb et le sud de la chaîne himalayenne.
Elle reste une question complexe car il conviendra de décider, au cours
des prochaines années, ce que devra nécessairement devenir une structure
politique et militaire dont la raison d’être initiale est de protéger
les pays membres d’une attaque militaire par un ou plusieurs pays non
membres de l’Alliance. C’est enfin et encore une question complexe de
savoir si la mission de l’OTAN est d’être présente aujourd’hui en Europe
centrale pour lutter contre les nationalismes et en Afghanistan pour
lutter contre le terrorisme.
Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.
Achevée le 10 avril 2009.