La Lettre n°123 de Jean-Pierre
Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°32 2009 -
Les agences de notation : à quand davantage de surveillance ?
Lors de la rencontre du G20 à Londres au mois d’avril dernier, les chefs
d’états et de gouvernements ont acté un certain nombre de décisions de
principe. Parmi elles, se trouve la mise en œuvre « de nouvelles
règles » sur les salaires et les bonus au niveau mondial. Le Président
Sarkozy s’est exprimé à différentes reprises sur une autre question tout
particulièrement importante à l’adresse des marchés de titres : le rôle
des agences de notations.
Comme leur nom l’indique, ce sont des sociétés privées dont la vocation
est d’indiquer aux différents acteurs du marché, la situation financière
et comptable des grandes sociétés côtées sur les grandes places
boursières internationales. Les informations qu’elles livrent sont
toujours très attendues par l’ensemble des acteurs du marché. Quant aux
responsables des sociétés elles-mêmes, ils sont le plus souvent très
« réservés » sur les analyses qui sont faites par les agences de
notation. La plupart du temps, les avis de ces agences entraînent des
effets induits quasi immédiats sur l’évolution du titre objet de
l’analyse. Cette situation est d’autant plus critiquable qu’une analyse
effectuée par l’agence A aujourd’hui est très souvent confirmée quelques
heures ou quelques jours plus tard par l’agence B. Un titre qui aura
reculé par exemple de 5% au terme d’une journée de cotation reprendra
quelques fois le chemin de la hausse, venant contredire ainsi, parfois
après seulement quelques jours, l’analyse qui avait été effectuée par
l’agence A !
En ces temps de crise de confiance caractérisée des marchés, il est
urgent pour les gouvernements de se doter de la législation nécessaire
pour faire en sorte que les analyses qui sont effectuées par les agences
de notations le soient dans la transparence et surtout que ces
organismes travaillent enfin sur des modèles économétriques synonymes de
davantage de fiabilité. Ici, tout autant et pas moins qu’ailleurs,
l’erreur est admise puisque l’économie n’est pas une science exacte. Ce
qui est grave c’est que cette situation est particulièrement
préjudiciable aux entreprises elles-mêmes, mais aussi et surtout aux
petits porteurs qui n’ont pas d’autre choix que celui de leur banquier
quand ils décident d’acheter quelques titres de telle ou telle société
cotée.
Il n’est pas du tout normal qu’une agence de notation ou une banque
livre une analyse défavorable à propos d’une valeur un jour et que cette
même analyse soit contredite par les marchés quelques jours plus tard,
sachant que dans l’intervalle la valeur aura été malmenée et qu’elle
aura pu perdre de 5 à 10% en 24 ou 48 heures ! Est-il crédible pour une
agence de notation ou une banque de dégrader le titre Peugeot ou Lafarge
de 10% avant l’ouverture des marchés et être contredite quelques jours
plus tard ! Il est des variables économiques et comptables qui ne sont
jamais neutres dans l’évaluation d’un titre coté.
Gageons que les responsables politiques français parviendrons à
convaincre leurs homologues étrangers, en vue de parvenir à la mise en
place d’une réforme nécessaire et urgente du fonctionnement de
l’ensemble des agences de notation.
La bourse n’a jamais été,
n’est pas et ne sera jamais le temple de la rationalité. Mais de deux
choses l’une : lorsqu’une agence de notation ou une banque livre une
analyse, elle est cohérente ou elle ne l’est pas. L’apparition de la
crise économique et financière à l’automne dernier a été propice à
beaucoup trop d’incertitudes sur un grand nombre de valeurs. Un pareil
manque de cohérence avec les fondamentaux des entreprises et les
évolutions erratiques de leurs valeurs en bourse qui en découlent sont
l’expression, à minima, d’un manque de cohérence de l’ensemble des
agences de notations et des banques, alors qu’elles jouent un rôle
nécessaire et indispensable au fonctionnement des marchés actions. Leur
mission est importante : informer les actionnaires et en particulier les
petits porteurs sur la situation comptable et macro économique des
grandes entreprises et « guider » leurs choix en terme d’investissement.
Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.
Achevée le 08 août 2009.