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La Lettre n°138 de Jean-Pierre Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°21 2010 -

La nécessaire orthodoxie budgétaire

              La chute significative des marchés actions le vendredi 7 mai sur l’ensemble des places boursières de la planète a tout de suite été interprétée comme étant, une fois encore, de la responsabilité des banques et des salles de marchés qui leur sont rattachées.

              La vérité est ailleurs : elle est contenue dans les déficits budgétaires abyssaux qui caractérisent, depuis de trop nombreuses années maintenant, la situation de la plupart des pays développés, l’Europe et certaines économies de la zone euro s’illustrant tout particulièrement. Si les marchés ont réagi aussi vivement, c’est parce que certains organismes, les agences de notation, commencent à émettre de sérieuses réserves sur la capacité de certains pays à pouvoir honorer leurs engagements budgétaires d’aujourd’hui et de demain.

               Le cas de la Grèce est révélateur à plusieurs titres. L’endettement d’un pays ne se résume pas à fournir un seul chiffre mais plusieurs. Tout d’abord, il convient de faire la distinction entre endettement public et privé. Le premier correspond au montant total des emprunts contractés par l’état, l’ensemble des collectivités territoriales (états, régions, départements, villes) ainsi que le secteur hospitalier public. Quant au second, il représente la totalité des emprunts qui ont été souscrits par les entreprises du secteur privée et les particuliers. Dès lors, parler de l’endettement d’un pays n’aura de sens que dans la mesure où l’on utilisera des données comparables. La France est un pays qui a un endettement privé sensiblement inférieur à celui de la Grande Bretagne, des Etats Unis et du Japon et plus encore de l’Espagne, en pourcentage de son PIB. En revanche, son endettement public par rapport à ce même PIB, est supérieur à celui de la Grande Bretagne. S’agissant du déficit budgétaire, celui de la France est supérieur à celui de l’Allemagne mais demeure inférieur à celui de la Grande Bretagne. D’autres paramètres sont de nature à caractériser la situation budgétaire d’un pays, par exemple par qui est détenue la dette, résidents et non-résidents.

            Cela fait de très nombreuses années que la plupart des états ont pris la décision  de laisser filer leur endettement public. Pour la plupart des économies développées, cette situation a commencé au cours de la seconde moitié des années 70, peu après le premier choc pétrolier de 1973. Cette situation a marqué la fin de la période des Trente Glorieuses (1945-1975). Le second choc pétrolier de 1980 a parachevé cette situation économique nouvelle et plongé durablement l’ensemble des économies dans un environnement particulièrement difficile, en termes de diminution de croissance, de chômage et de déséquilibre des comptes publics. 

             La violence de la crise monétaire que traversent actuellement les pays membres de l’Euroland, est à la fois la conséquence et l’expression des profonds bouleversements qui caractérisent l’environnement économique international depuis plus de trente années.

             Les marchés ont besoin de visibilité pour progresser. Aujourd’hui, ils tirent la sonnette d’alarme pour exprimer leurs inquiétudes, face aux endettements budgétaires considérables qui ont été accumulés depuis plusieurs décennies.

             Il est devenu plus qu’urgent pour les états, davantage encore que pour les personnes physiques et morales, de mettre en place les correcteurs qui les conduiront à des politiques budgétaires plus raisonnables en termes de dépenses et donc d’équilibres.

             Lorsque les états inscriront dans la durée des dispositions budgétaires synonymes de règles rigoureuses et pérennes, le rôle des agences de notation sera alors très vraisemblablement redéfini.

 

Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.

Achevée le 31 mai 2010.