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La Lettre n°45 de Jean-Pierre Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°03/2007 -

Politique de taux des banques centrales :
un choix difficile entre croissance et inflation

              La Banque d’Angleterre (BoE) a surpris l’ensemble des marchés financiers mondiaux, en relevant son taux d’intérêt directeur de 25 points à 5,25%. Bien que prévue par les marchés, cette augmentation est intervenue plus taux qu’ils ne l’avaient anticipé dans leur globalité. De nombreux intervenants projetaient qu’elle interviendrait dans le courant du premier trimestre de 2007.

              Cette décision est inquiétante car elle est l’expression de l’inquiétude qui habite les responsables de la banque centrale d’Angleterre. Depuis plusieurs mois en effet, des signes persistants montrent que l’inflation s’est durablement installée au-dessus de 2%. La hausse des prix a atteint au mois de novembre 2,7% sur un an. Il faut se référer au mois de juillet 2001, c’est à dire quelques semaines avant les tragiques évènements du 11 septembre, pour retrouver un taux aussi élevé. En décidant l’augmentation de son taux d’intérêt directeur, la BoE a envoyé un signal fort et plus tôt que prévu en direction des différents acteurs de la scène politique, économique et sociale du royaume : les syndicats, les chefs d’entreprises comme les responsables politiques gouvernementaux. La proximité de l’augmentation de ce même taux de base avec celle de 0,25 intervenue au mois de novembre dernier, indique la grande vigilance dont font preuve les gardiens du sterling. Il est très probable que l’avant dernière augmentation n’a pas encore été « digérée ». Dans ce cas, elle trouvera immanquablement une traduction sur la consommation des ménages, comme c’est toujours le cas en pareille circonstance.

              Au Royaume Uni, plus encore qu’ailleurs, la politique des taux de la banque centrale a un effet toujours très rapidement lisible dans le domaine de l’immobilier, car les prêts sont révisables. La traduction d’une augmentation des taux, comme celle d’une baisse, est immédiate pour l’emprunteur comme pour … le créancier, c’est à dire l’ensemble du secteur bancaire qui soutient le marché des « mortgages » immobiliers.

              En prenant appui sur cette dernière augmentation du taux de base de la Banque d��Angleterre, on observe qu’il n’est jamais aisé pour les autorités monétaires de faire abstraction de l’environnement économique national et international. C’est une des nombreuses expressions de l’ouverture sans cesse croissante des marchés à l’international. Plusieurs acteurs interviennent sur cette scène : les responsables de la banque centrale (ici le Royaume Uni), les responsables gouvernementaux, les chefs d’entreprises, les consommateurs pour le marché intérieur, les échanges internationaux, les responsables des principales autres banques centrales FED, BCE, Chine, Japon… La liste est longue. Elle montre à quel point la gestion des taux se révèle toujours être un exercice délicat pour celles et ceux qui en ont la responsabilité. Dans un contexte d’économie ouverte, il est devenu absolument indispensable de concilier deux objectifs : d’une part, la nécessaire maîtrise de l’inflation, toujours dévastatrice pour la santé comme pour l’équilibre de l’économie d’une nation et d’autre part, une croissance significative permettant de répondre aux besoins légitimes des populations, tant en termes de production que de répartition des richesses, sans oublier la difficile question de l’emploi et des transferts de population de plus en plus fréquents, du fait de l’externationalisation de la production macro économique.

              Nous devons reconnaître que cette situation est sans précédent, tour à tour endogène et exogène à l’action économique et à ses très nombreuses conséquences. Dans cette perspective, il est toujours très intéressant de se reporter aux conférences de presse qui accompagnent chacune des décisions des banques centrales en terme de taux. Une des précédentes Lettres consacrées à la Banque Centrale Européenne (BCE) nous a permis de montrer combien il sera difficile, pour ne pas dire impossible à l’ensemble des responsables politiques de l’Union Européenne, de modifier un jour les attributions de la BCE. J’ai toujours pensé que l’inflation qui a caractérisé les économies occidentales du milieu des années 70 jusqu’à la fin des années 80, n’aurait probablement pas atteint les sommets souvent vertigineux qui ont été les siens pendant près de 15 ans, si l’Europe avait disposé d’une autorité monétaire commune à l’instar de l’actuelle Banque Centrale Européenne. Pendant cette période, les responsables politiques ont largement pratiqué des politiques de relance de la demande intérieure. Il est vrai que les Etats ne connaissaient pas alors les degrés d’endettement que l’on connaît depuis plusieurs années maintenant. 

              L’autorité dont jouissent depuis quelques années les responsables des grandes banques centrales est incontestable. C’est peut être aussi la raison pour laquelle les différents responsables politiques font assez souvent preuve de réserve quand ils évoquent légitimement la difficile question de la politique des taux qui est conduite par les responsables des banques centrales. Demain, comme aujourd’hui, cette dernière et le risque inflationniste qui lui est sous-jacent, resteront une importante préoccupation pour les différents responsables bancaires et politiques.

Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.

Achevée le 12 janvier 2007.