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La Lettre n°64 de Jean-Pierre Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°29/2007 -

L'insolente croissance de l'économie Chinoise

              La banque centrale chinoise, qui vient de procéder à un relèvement de ses taux directeurs pour la cinquième fois en moins de 18 mois, a pris aussi un certain nombre de mesures pour tenter de prévenir une surchauffe de l'économie et la constitution d'une éventuelle bulle financière qui représenterait un risque considérable pour la Chine et pour l’équilibre du reste du monde.

           La Banque Populaire de Chine (BPC) a annoncé hier vendredi 20 juillet (1), avoir relevé le taux de base bancaire de 27 points à 3,33% et celui des prêts à un an à 6,84%. La dernière hausse des taux date du 18 mai 2007. Ce nouveau resserrement monétaire décidé par les autorités politiques n’est pas une surprise pour les observateurs. Il était attendu depuis la confirmation d’une accélération de la croissance économique chinoise au deuxième trimestre de cette année. Elle s’établit en effet à 11,9% en rythme annuel, contre 11,1% au premier trimestre. Du côté de l’inflation, la hausse annuelle s’établit à 4,4%, la plus élevée depuis 33 mois.

              Si les responsables de la banque centrale Chinoise font preuve d’autant de vigilance sur les questions monétaires, c’est parce qu’ils mesurent pleinement les conséquences dramatiques que ne manqueraient pas d’entraîner un laxisme de leur part en la matière. Outre les conséquences en terme de politique intérieure, l’onde de choc financière se propagerait très rapidement au reste de la planète, notamment aux Etats Unis et à l’Europe. C’est le cinquième intervention des responsables de la banque centrale chinoise depuis le 27 avril 2006. Ils ont relevé le montant des réserves obligatoires des banques à huit reprises depuis le mois de juin 2006, afin d'endiguer le boom du crédit. "Ce nouvel ajustement des taux d'intérêt contribuera à rendre la croissance du crédit et de l'investissement plus raisonnables, à ajuster et à stabiliser les anticipations d'inflation et à maintenir la stabilité de base du niveau général des prix", a déclaré un responsable de la banque centrale chinoise. A noter que le rendement réel des dépôts en Chine reste négatif, puisque le taux d’inflation reste inférieur à celui de la rémunération des dépôts bancaires. Cette situation est de nature délicate, car en incitant les ménages chinois qui sont en capacité de le faire à consommer, elle nourrit la croissance intérieure et donc elle accroît « mécaniquement » les risques d’une surchauffe de l’économie… ce que redoutent précisément les responsables chinois ! Il faut cependant rappeler qu’avec un taux de 16%, la consommation intérieure chinoise n’a pour l’heure qu’un effet relativement limité sur la croissance économique du pays.

              Quand l’on songe que la bourse de Shanghai a progressé de 250% depuis le début de cette année, on comprend et on mesure le risque de surchauffe qu’encourt l’économie chinoise à moyen terme. Les autorités monétaires ont réduit très significativement le taux d’imposition des intérêts, en le ramenant à 5 contre 20% auparavant. Cette mesure, qui restera limitée dans le temps, prévaudra jusqu’au 15 août prochain. Le taux d’intérêt des dépôts à vue a été porté quant à lui, de 0,72 à 0,81%. Au début de ce mois de juillet, les coffres forts de la Banque Centrale Chinoise disposaient de 1 330 milliards de dollars de réserve, en augmentation de 266 milliards de dollars au cours du premier semestre de cette année (2). A noter qu’elles étaient pratiquement trois fois moindre au début de l’année 2004.

              Si l’économie chinoise devait continuer sur ce rythme jusqu’en 2028-2033, elle rejoindrait alors celle des Etats Unis, à condition que se maintienne le même différentiel en terme de croissance du PIB. Cette hypothèse peu réaliste, a toutefois le mérite de rappeler au reste du monde ce qu’est et ce que continuera à être, au moins pendant un certain nombre d’années encore, la croissance de l’économie chinoise. Si l’on ajoute à cette hypothèse la croissance de la première puissance du monde en terme de population qu’est l’Inde, on mesure le déséquilibre économique, financier et donc politique qui caractérisera le monde nouveau qui est entrain de naître sous nos yeux qui remplacera celui dans lequel nous avons grandi et qui est né au petit matin du vendredi 12 octobre 1492, conjointement grâce à l’esprit d’aventure et à la capacité de projection d’une Reine et d’un navigateur (3).

 

(1)     Source : Reuters.
(2)     Source : Banque de Chine / Expansion.com.
(3)     France : une ambition pour un monde nouveau. Editions La compagnie littéraire.

 

Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.

Achevée le 21 juillet 2007.

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