La Lettre n°88 de Jean-Pierre
Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°31/2008 -
Le livret A passe à 4% : quelles conséquences pour l'épargne et l'assurance vie
C’est officiel : la rémunération des produits d’épargne règlementés sera
majorée de 50 points de base dès demain 1er Août 2008. Les
différents placements d’épargne défiscalisés verront leur taux de
rendement s’accroître comme suit :
-
Livret d’Epargne Populaire : 4,50% (a) / ;
-
Livret A et Livret Bleu du Crédit Mutuel : 4,00% ;
-
Livret de Développement Durable : 4,00% ;
-
Livret Jeune : 4,00% (a) ;
-
Livret d’Epargne Entreprise : 3,00% ;
-
Compte Epargne Logement (hors prime d’Etat) : 2,75%.
Comme cela se produit à l’occasion de chaque augmentation du taux de
l’épargne règlementée en France, ceux qui y sont favorables et ceux qui
y sont opposés ne manqueront pas de se faire entendre. Si l’on veut être
précis sur cette question ô combien sensible, il convient de majorer
l’ensemble de ces taux de 11,00%, correspondant aux cotisations sociales
qui sont prélevées sur la totalité des autres produits d’épargne qui eux
sont fiscalisés : placements obligataires, actions et produits dérivés,
produits d’assurance-vie, notamment. Naturellement il n’est pas tenu
compte ici de l’imposition sur le revenu à laquelle sont soumis ces
derniers.
Ainsi, avec un taux proche de 5% pour l’un et de 4,50% pour les quatre
autres, la rémunération de ces différents placements a rejoint et
peut être même risque de dépasser, au titre de l’année en cours, celle
des plans de capitalisation libellés en euro commercialisés par les
sociétés d’assurance et par les banques. Ces placements d’assurance-vie
que les français aiment bien, sont non seulement soumis à cotisations
sociales et fiscalisés mais en outre, ils supportent des frais de
gestion qui atteignent la plupart du temps 50 points de base voire
davantage pour ceux qui sont libellés en unités de compte (UC) : le
prélèvement annuel effectué en fin d’année par la société d’assurance ou
part la banque, atteint le plus souvent 1%. Il n’est donc pas étonnant
que, dans l’état actuel de la rémunération des différents supports de
l’épargne règlementée, les sociétés d’assurance et les banques assistent
à une diminution des cotisations. Au mois de juin dernier sur une année,
les cotisations ont diminuées de 8% (source FFSA/n°72 de juillet 2008).
Quelques chiffres ( comparaison avec la même période de l’année
précédente) :
-
Cotisations collectées au cours du 1er trimestre
2008 : 68,20 milliards d’euros (- 8%) ;
-
Versements sur les supports unités de compte : 11,40 milliards
d’euros (- 40%) ;
-
Versements sur les supports euros : 56,80 milliards (+3%) ;
-
Collecte nette (cotisations – prestations) : 23,40 milliards
d’euros (-29%) ;
-
Encours des contrats d’assurance vie et de capitalisation
(dont provisions mathématiques et provisions pour participation aux
bénéfices) : 1 154 milliards d’euros (+3%).
Comme le montrent ces quelques chiffres, l’assurance vie pâtit et
continuera à pâtir de ce différentiel de taux en faveur de l’épargne
règlementée. Ce phénomène est d’autant plus aiguë que les marchés de
titres sont en pleine bourrasque depuis le déclenchement de crise des
crédits immobiliers qui a pris naissance aux Etats Unis à la fin du mois
de juillet 2007.
Peut-être conviendra-t-il qu’un jour les responsables politiques
abordent sans aucun tabou cette question ô combien sensible de l’épargne
dite populaire en France. Ainsi, même si chaque épargnant français ne
possède pas la panoplie complète des cinq livrets mentionnés en début de
Lettre (c), nous pensons qu’un jour la question de savoir s’il est
opportun qu’une famille composée de quatre personnes (parents + 2
enfants âgés de 12 ans à 25 ans) puisse, en théorie, détenir jusqu’à 19
livrets (d), soit une somme globale de 212 900 euros (205 200
euros sans le LEP), totalement défiscalisés et exonérés de contributions
sociales (e) ? Demain, comme aujourd’hui, l’Etat doit continuer à
préserver une épargne règlementée et totalement défiscalisée. En
revanche, nous pensons qu’il serait plus équitable, en particulier vis à
vis de ceux qui sont les plus démunis et les plus fragiles au plan
social, qu’il raisonne non pas en nombre de livrets que chaque citoyen a
le droit de détenir, mais au maximum d’épargne défiscalisée autorisé que
chacun peut disposer.
Le paradoxe de l’épargne règlementée en France aboutit à un paradoxe :
celles et ceux qui sont soumis aux tranches les plus élevées de l’impôt
sur le revenu, ont un réel intérêt, s’il en ont la capacité, à détenir
l’ensemble de la palette des livrets de l’épargne règlementée.
(a) Le gouvernement n’a pas tenu compte de l’avis de
(b) Le taux de rémunération du Livret Jeune étant libre
au-delà des 4,00% fixés par la loi, il sera possible de trouver certains
intermédiaires financiers qui afficheront un taux pouvant aller jusqu’à
4,50%.
(c) Un seul LEP par foyer fiscal. Non compris le PEL
dont les intérêts sont désormais soumis aux prélèvements sociaux en
vigueur et à l’impôt sur le revenu au delà de sa douzième année.
(d) LEP compris.
(e) 1 LEP (maxi 7 700 euros) ; 4 livrets A
(15 300x4 = 61 200 euros) ; 4 livrets Bleus (15 300x4 = 61 200
euros) ; 4 livrets Développement Durable
(4 600x4 = 18 400 euros) ; 2 livrets Jeune
(1 600x2 = 3 200 euros) ; 4 compte épargne logement (15 300x4 =
61 200 euros).
Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.
Achevée le 31 juillet 2008.