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La Lettre n°95 de Jean-Pierre Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°42/2008 -

L'Europe économique conditionnera l'émergence de l'Europe politique

 

              Le Traité de Rome du 25 mars 1957 qui donna naissance à la Communauté Economique Européenne fût précédé d’une période d’intense activité politique. Au cours des années qui suivirent, cette dynamique fût non seulement préservée mais amplifiée par un certain nombre de responsables politiques, à commencer par le Général de Gaulle et le Chancelier Allemand Adenauer. C’est au mois d’octobre 1958 que celui qui, quelques mois plus tard, allait devenir Président du Conseil, invita chez lui à Colombey les Deux Eglises le Chancelier Allemand. De cette rencontre, naquit le couple franco-allemand qui permis non seulement la consolidation des fondations du Traité mais accéléra la construction politique de l’Europe. Cette dynamique forte se poursuivi certes avec l’ensemble des autres responsables politiques français et allemands mais à un degré moindre, à l’exception du Président Giscard d’Estaing et du Chancelier Schmitt.

              Les raisons qui expliquent cette dynamique sont diverses et variées : l’évolution géopolitique du monde ; l’accroissement du nombre de pays membres (6 en 1957, 25 en 2008) ; la signature d’autres Traités (Maastricht, Nice, Lisbonne…) ; la création de la Monnaie Unique ; l’émergence de la mondialisation et la libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises… Personne ne peut contester le fait que les ambitions qui animaient alors les signataires du Traité de Rome sont différentes 51 ans plus tard. Toutefois, une réalité est aujourd’hui bien visible lorsque l’on parle de l’Europe et de son avenir : la sphère économique et financière a pris le pas sur la sphère politique. C’est un phénomène qu’un nombre significatif de ressortissants de l’Union perçoivent depuis plusieurs années maintenant. Pour beaucoup d’Européens, la dynamique politique n’est plus le fer de lance de la construction de l’Europe et pourtant elle est indispensable à l’architecture de l’Europe qui devrait prévaloir à l’horizon du milieu de ce siècle, si elle veut être un partenaire de poids, face aux deux autres zone-monde que seront l’Amérique et l’Asie Pacifique.

              La grave crise financière à laquelle le monde est désormais en proie agit comme un accélérateur sur le changement de monde dans lequel nous sommes entrés (a). A certains égards, cette même crise financière qui demain sera suivie par une crise économique et peut être sociale va amplifier la réflexion commune en vue de l’adoption de règles de fonctionnement internationales nouvelles. La réunion des pays membres du G20 qui doit avoir lieu à Washington le 15 novembre prochain, en est une parfaite illustration. La réunion qui se déroule actuellement à Pékin entre les représentants de l’Europe et ceux des pays membres de l’ASEAN constitue une preuve supplémentaire que le politique a un temps de retard sur les sphères économiques et financières et qu’il doit agir pour le combler.

              Les raisons de ce « décrochage » dans la construction politique de l’Europe sont nombreuses. Le manque d’ambition commune en est une parmi beaucoup d’autres. Il est bien évident qu’il est toujours plus facile de s’entendre à six qu’à vingt cinq. Certaines des dispositions qui sont contenues dans le Traité de Nice sont loin d’être synonymes d’efficacité en terme de fonctionnement des institutions européennes : réduction du nombre de commissaires et règle de l’unanimité pour un certain nombre de décisions. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que l’économique et le financier évoluent sur un chemin distinct de celui du politique. Or, le fait que le traitement de la grave crise économique et financière que traverse le monde actuellement soit assuré par les différents responsables politique est là pour nous rappeler que ce sont les exécutifs qui ont la capacité d’intervenir dans le fonctionnement de l’ordre mondial, encore faut-il qu’ils en aient la volonté. Mais cela est une autre question.

              Gageons que les responsables politiques européens auront à cœur de montrer, à l’occasion de la crise qui prévaut aujourd’hui, non seulement leur compétence dans son traitement mais aussi et surtout leur ambition et leur volonté de reprendre la main.

 

(a) « France : une ambition pour un monde nouveau ». Ouvrage de l’auteur. Paru aux Editions La Compagnie Littéraire – Paris -

 

Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.

Achevée le 24 octobre 2008.