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La Lettre n°97 de Jean-Pierre Monteil Finances et Gestion
- Semaine n°47/2008 -

Les agences de notation : réforme indispensable et urgente

 

              La grave crise financière à laquelle le monde est confronté depuis plusieurs semaines a plusieurs origines. Parmi elles, il en est une qui a joué et qui continue à jouer un rôle significatif : les agences de notation.

              Ce sont des structures dont l’activité consiste à suivre, pour l’essentiel, les entreprises de dimension internationale. Leurs notations sont établies à  partir d’un faisceau de paramètres nombreux et variés. Les représentants des agences de notation analysent l’entreprise de manière dite verticale, aussi bien en terme de gouvernance que sur l’ensemble de ses caractéristiques économiques et financières.  La gouvernance de l’entreprise revêt une importance toute particulière, puisque c’est au sein du conseil d’administration ou du directoire que sont définies et adoptées les décisions majeures qui influent directement sur son avenir. C’est la raison pour laquelle lorsque un changement de responsable intervient, les effets peuvent en être aussi bien positifs que négatifs. Citons deux exemples pour illustrer notre propos :

-          le départ récent du Directeur Général de la société Sanofi-Aventis et son remplacement par un homme qui a exercé à l’international dans une entreprise du même secteur a entraîné une appréciation significative du titre de Sanofi-Aventis au cours des séances qui suivirent, tant en raison même de ce changement qu’en raison des appréciations portées sur ce changement de responsable par la plupart des agences de notations ;

-          la fusion « ratée » de l’équipementier télécoms Alcatel avec son homologue américain Lucent, qui est intervenue il y a 18 mois. En dépit de la crise des marchés actions, le titre bénéficie à nouveau depuis quelques semaines de commentaires et d’appréciations favorables de certaines agences de notation, notamment du fait de l’annonce du départ de la Présidente du groupe, Mme Russo.

              Il est normal que les entreprises soient évaluées et notées par des structures indépendantes. C’est une démarche indispensable pour le marché et pour ses différents intervenants que sont les actionnaires. A condition toutefois que ses analyses soient faites non seulement à l’aide de critères connus et fiables mais que les commentaires qui sont faits soient le plus « objectifs » possible, si tant est que l’on puisse parler d’objectivité quand il s’agit de finance.

              Les commentaires des agences de notation ne sont pas neutres. Les conséquences qu’ils entraînent sur les investisseurs eux-mêmes sont déterminantes. C’est précisément cela qui est au cœur de la volonté de réforme de certains responsables politiques, en particulier le Président français Nicolas Sarkozy. Personne ne peut aujourd’hui contester la place significative qu’occupent les agences de notation dans l’environnement financier international. Il n’est que d’observer l’évolution du cours d’une valeur lorsque sont publiés des résultats financiers la concernant, pour mesurer l���impact qu’exercent les agences. Du reste, il n’est pas nécessaire d’attendre la publication de résultats comptables pour s’en rendre compte. Des commentaires sont faits régulièrement sur l’ensemble des grandes sociétés. Souvent ils vont à l’encontre de l’évolution récente d’un titre (à la hausse comme à la baisse) et leur effet est le plus souvent immédiat. Cette situation caractérise à la fois l’impact des agences de notation sur les actionnaires (individuels et institutionnels) et les conditions dans lesquelles sont effectués les analyses. L’idée du Président français semble être d’essayer de limiter, autant que faire se peut, l’impact majeur qu’opère les agences de notation sur les investisseurs, mais aussi sur la presse spécialisée.

              Ce sont les investisseurs eux-mêmes qui détiennent une part significative de la réponse, en n’accordant pas plus d’importance qu’il n’en faut à ces appréciations. Dans un grand nombre de cas, elles exercent des effets pas toujours justifiés sur les cours de bourse de telle ou telle valeur. Tout le contenu de cette indispensable réforme réside dans une délicate alternative : permettre la diffusion d’informations, destinées aux acteurs du marché, par des professionnels qui opèrent indépendamment des sociétés et fixer de nouvelles règles qui diminueront l’influence majeure qu’exercent les analyses produites par les agences de notation, limitant de ce fait leur impact auprès des différents acteurs.

 

 

Jean-Pierre Monteil
Directeur de JPMFG.

Achevée le 18 novembre 2008.